Facteurs facilitant ou freinant l’apprentissage du braille chez les adultes en âge de travailler et les aînés ayant une déficience visuelle
Nous avons interrogé des adultes canadiens qui ont appris le braille plus tard dans leur vie. Ces adultes ont indiqué que la réussite dépendait de bien plus que de la sensibilité du bout des doigts. Beaucoup des obstacles qu’ils ont décrits pourraient être éliminés par des changements de politiques et de pratiques.
Écouter ce résumé
Pourquoi ce travail est-il important ?
De plus en plus d’adultes développent une basse vision ou une cécité plus tard dans leur vie. Beaucoup pourraient bénéficier de l’apprentissage du braille. Le braille est un système tactile de lecture et d’écriture. Nous en savons beaucoup plus sur les enfants qui apprennent le braille. Nous en savons moins sur les adultes qui l’apprennent après une perte de vision. Nous voulions comprendre ce qui aide les adultes à commencer et à continuer d’utiliser le braille. Nous voulions aussi savoir ce qui les en empêche.
Qu'avons-nous demandé ?
Nous avons demandé comment des adultes en âge de travailler et des aînés avaient vécu l’enseignement du braille après une perte de vision. Nous avons aussi demandé quels facteurs personnels, sociaux et liés aux services facilitaient ou compliquaient cet apprentissage. Nous avons examiné ces facteurs avant, pendant et après la formation.
Qui a participé ?
Nous avons interrogé quatorze adultes de différentes régions du Canada. Ils ont appris le braille entre trente-trois et soixante-sept ans. Au moment de l’entrevue, ils avaient entre quarante et soixante-douze ans. Toutes les personnes ont dit être en situation de cécité légale au début de leur formation. La plupart ont appris le braille dans des centres de réadaptation. Deux personnes ont suivi des cours par correspondance.
Qu'avons-nous fait ?
Nous avons interrogé chaque personne au téléphone pendant au plus quatre-vingt-dix minutes environ. Toutes avaient terminé leur formation officielle en braille au moins un an auparavant. Nous avons ensuite étudié ensemble les transcriptions des entrevues. Nous avons cherché les thèmes qui revenaient dans leurs récits. Nous avons examiné la période avant la formation, pendant celle-ci et après sa fin.
Ce que nous avons trouvé
Nous avons relevé trois types de facteurs. Les facteurs personnels venaient en premier. Beaucoup ont appris le braille pour rester autonomes ou conserver leur emploi. Certaines personnes voulaient aider leurs enfants ou retrouver leur plaisir de lire. D’autres ont retardé cet apprentissage à cause d’idées fausses sur le braille. Elles croyaient qu’il était réservé aux personnes complètement aveugles, ou qu’il servait seulement à lire des livres. Le braille permet aussi de lire de courtes informations, comme les étiquettes de produits ménagers.
Les facteurs sociaux comptaient aussi. La famille et les amis pouvaient faciliter la pratique en encourageant l’usage du braille à la maison. Leur intérêt à apprendre quelques notions de braille pouvait aussi aider. Ils pouvaient également accompagner les adultes à leurs leçons. Leurs idées fausses sur le braille pouvaient toutefois décourager les apprenants. Rencontrer d’autres utilisateurs du braille aidait souvent les personnes à y voir une source d’autonomie plutôt qu’un signe de handicap.
Les facteurs liés aux services créaient les obstacles les plus importants. Les personnes ont décrit de longues attentes et des difficultés à trouver un enseignant. Il était difficile de trouver du matériel d’exercice conçu pour les adultes. Les afficheurs braille actualisables coûtaient plus cher que ce que la plupart pouvaient se permettre. Ces appareils font monter et descendre de petits picots pour former les caractères braille. Certaines personnes, mais pas toutes, estimaient aussi que les professionnels sous-estimaient les apprenants plus âgés. Nous avons été frappés par la fréquence à laquelle des attitudes invisibles influençaient l’accès.
Ce que cela peut vouloir dire
L’enseignement du braille aux adultes devrait être conçu en fonction de leur vie et de leurs objectifs d’adultes. Les professionnels devraient s’informer de l’identité, du parcours d’apprentissage et des besoins quotidiens de chaque personne. Ils ne devraient pas s’intéresser seulement à sa vision ou à son sens du toucher. Une femme a décrit ce que le braille lui avait rendu.
« Quand je lisais en imprimé, j’avais une voix intérieure qui lisait avec moi. La lecture du braille me rend cette voix intérieure. C’est comme si mon être profond était de nouveau confirmé. J’ai l’impression de ne rien perdre. Une crise survient lorsque l’on vous enlève une part de vous-même. Ce sont les choses auxquelles vous vous identifiez fortement. Dans mon cas, c’était la lecture. Puis, tout à coup, elle disparaît. Les gens disent : “Faites autre chose.” Mais n’oubliez pas que je suis adulte. On ne devient pas facilement “autre chose”. »
Margaret. Nous avons changé son nom pour protéger sa vie privée.
Les enregistrements audio peuvent remplir bon nombre des mêmes fonctions. Ils ne comblent toutefois pas le manque que décrit Margaret. Le braille lui permet de retrouver le plaisir de lire qu’elle connaissait avant sa perte de vision. Les familles ont besoin d’informations claires sur l’importance du braille. Les services et les décideurs devraient améliorer l’accès aux enseignants et au matériel de lecture conçu pour les adultes. Ils devraient aussi soutenir l’entraide entre pairs et les technologies braille abordables. L’éducation du public est également importante. La stigmatisation peut empêcher des personnes de commencer à apprendre le braille.
Que se passe-t-il ensuite ?
Nous n’avons pas inclus les adultes qui ont arrêté d’apprendre le braille ou qui n’ont jamais commencé à l’apprendre. Leur participation permettrait de mieux comprendre les obstacles qui empêchent des adultes qui pourraient en bénéficier de commencer à apprendre le braille. Nous avons surtout entendu des personnes vivant dans de grandes villes canadiennes. La plupart avaient appris le braille à l’âge mûr plutôt qu’à un âge très avancé. Nous pensons que de futurs travaux devraient suivre les adultes au fil du temps. Ils devraient aussi inclure davantage de régions rurales et porter une attention plus étroite aux apprenants plus âgés.